mercredi, novembre 11, 2009

Le rap, l'hexagone et mes oreilles...

Non, décidément, le micro-univers du rap français a fini par me briser quasi-définitivement les couilles. Trêve de vulgarités, rappelons tout de même que j'ai connu la chose à son âge d'or, une ère magique où des légendes comme NTM, les Sages Poètes De La Rue, La Cliqua, Fabe et j'en passe régnaient en maîtres... Un ère qui a vu émerger des entités aussi talentueuses que diverses comme Oxmo, Triptik, Ill, TTC, La Caution, le Saïan, et que sais-je encore...

Et aujourd'hui, quand je tombe d'une façon relativement accidentelle sur une série de clips de rap français à la TV, une fois la curiosité malsaine (penchant de plus en plus vers l'auto-flagellation sonore) passée, j'ai une soudaine envie de fermer définitivement la fenêtre qui s'ouvre sur ce petit monde bien pourri... Non mais sans rire, qui, au-delà de 15 ans d'âge, a réellement envie d'écouter plus d'une fois les derniers tracks de Salif, Diam's ou Booba? (Nous sommes le 11 Novembre 2009, pour avoir une idée de quoi je pourrais parler...)

Sans faire dans l'étude de texte, entre l'écriture crassement niaise de Diam's et l'énième pseudo-glorification de l'esthétique ghetto de Salif ou Booba, entre les flows qui sont tous les mêmes, les 30 mots de vocabulaires utilisés, les mêmes sempiternelles références bas du front et j'en passe, je m'avoue vaincu! L'inextinguible nivellement par le bas aura eu raison de mon indéfectible passion pour ce sous-genre qu'est le rap français (oui, ce n'est qu'un sous genre du rap, tout court, ne vous emballez pas)!!!

Car, franchement, une fois les quelques coups de coeur écartés, c'est à dire la poignée d'artistes qui me fait encore vibrer, que puis-je retirer du rap hexagonal aujourd'hui? Emprisonné dans des carcans dont non seulement l'esthétique ne me parle pas (mais là, encore, on est dans le subjectif) mais dont l'utilisation qui en est faite est d'une stupidité et d'une inculture sans nom, enfermé dans un non-sens artistique digne d'une première journée d'atelier rap dans une MJC du bout du monde et porté par une nuée de cancres devenus panneaux publicitaires pour marques streetwear au gout douteux, comment cette "chose" peut encore me donner des raisons de l'aimer?

Comment, après avoir passé mon enfance à écouter les textes de Brel ou Ferré, après avoir traversé l'adolescence sur les écrits de Chuck D, Guru ou Q-Tip, après avoir abordé ma vie d'adulte avec les phrasés de Common, André 3000 ou Mos Def, (et j'oublie évidemment beaucoup), comment puis-je réellement trouver un intérêt à écouter, ou même entendre ne serait-ce que trente malheureuses secondes l'indélibile imbécilité de pitres de la trempe de Mokobé, Rohff ou La Fouine... Que le contenu soit indigent, soit, ils sont loin d'être seuls à porter cet étendard, mais que musicalement, en plus du reste, ce soit si pauvre, si téléphoné, si peu ambitieux, me trouble au plus au point. Comment peut-on se prétendre artiste, et avoir un horizon artistique aussi limité, que dis-je, aussi inexistant. Le néant. Le trou noir. La fosse sceptique musicale de la décennie...

Alors, puisqu'il faut une antithèse, m'a t'on rabâché sur les bancs de l'école française et républicaine, je prendrais celle des autres, car moi je n'en ai pas, je n'en ai plus. Je n'ai plus envie de défendre ce spectre pourrissant qu'est devenu le rap français...

On m'a dit: "regarde, écoute, il y a encore des lyricistes même dans les charts, même sur Skyrock", pointant du doigt des Youssoupha, des Kery James... Et moi de rire aux éclats, constatant à quel point le nivellement par le bas fait du mal et fait accepter le moindre tacherons en tant que fine plume. Comment peut-on se contenter de ça, quand on a connu Fabe, Dany Dan ou Oxmo?...

On m'a dit: "cherche, creuse, il y a dans l'underground des mecs qui en valent la peine", me dévoilant une horde de clônes (dont je fus un piètre acteur et partisan de la première heure, mea culpa!) dégueulant un rap pseudo-jazzeux et bien pensant, mais finalement aussi insupportable que l'alter-mondialisme irréfléchi affiché par tant, et dont la prétention ne dépasse celle de dire, nous on fait plus de la vraie musique que les autres, na! Mais où est le fond, où est la folie, où sont la sueur, la fureur et les cendres?

On m'a dit: "attend, la nouvelle scène est faite de beatmakers talentueux, ça pulule, ça foisonne!" et je répondrais à ceux-là: certes il existe moins d'une dizaine de mecs ayant un potentiel réel, mais la grande masse se masturbe vainement, répandant sa semence sonore et si similaire à d'autres via ce sacro-saint net. Le trop est l'ennemi du bien, et ce n'est pas parce que vous avez une MPC et une connexion internet que vous êtes un artiste doué, même un artiste tout court... L'adage étant bien évidemment valable pour vous, aspirants ou même vétérans MC's, moi le premier (pourquoi n'aies-je jamais sorti "Être", d'après vous?). Un minimum d'exigeance et de recul sur ce que l'on fait/crée/produit ferait le plus grand bien à tous, et surtout à mes oreilles.

Pour qui sait lire entre les lignes, il sera aisé de constater que je ne suis pas un démocrate de l'art, c'est-à dire un partisan du "tout le monde a le droit de s'exprimer librement". Non, je suis de ceux qui considèrent qu'il faut un minimum de talent, de travail et de contenu (et franchement je suis pas forcément exigeant sur le dosage que vous mettez entre les trois ingrédients) pour prétendre proposer son oeuvre au monde (le net étant une première fenêtre sur le/un monde). Qu'il faut aussi, et je me répète, un minimum d'exigeance et de recul sur soi, avant d'avoir une once d'ego ou de prétention.

Et c'est bien ça qui a tué le rap français, entre la non-exigeance de ses acteurs et de ses mécènes, le nivellement par le bas qui est arrivé on ne sait trop comment (un mélange de succès, de cliché sociétal, de radio libre, d'inculture et de fainéantise intellectuelle, sans doute...) et finalement l'acceptation de cet état de fait par la masse, voire la base, nous avons fini par quasiment tuer cet être, même si parfois quelques signes vitaux se font ressentir, me forçant à le comparer à un légume, devenu inapte et inepte...

Damn, que je suis négatif! Mais bon, vous vous doutez bien que si je prend encore le stylo ou le micro, ou que je perd encore mon temps à écrire tout ça (vaines soliloques?), c'est bien que j'en ai pas totalement rien à foutre de ce rap français... Et bien pragmatiquement, si. Je m'explique: je sais aujourd'hui ce qui ou plutôt "qui" me plaît, et je sais vers quels énergumènes aller pour trouver mon comptant de plaisir auditif, je me prend même parfois à avoir une surprise (c'est très rare). Le dénominateur commun est parfois, souvent, une volonté d'abolir les frontières, peu importe lesquelles, et une certaine intelligence (musicale, textuelle, thématique) qui transparait derrière l'oeuvre (je pense à Philémon, Tekitek, D3CCPT, Disiz, Artik, Le Vrai Ben...). Quand à moi, personnellement, je ne me considère pas comme acteur de ce rap français aujourd'hui, je fais mon truc, point barre, je ne me compare pas ou plus, mes influences sont de toute façon ailleurs (il est difficile d'écouter la production hexagonale après s'être passé en boucle Shafiq Husayn ou Kid Cudi, n'en déplaise aux haters du dernier...).

Concluons après cette fausse conclusion, ceci est un postulat de base, sur lequel je suis prêt à débattre avec bonheur, si tant est que les participants aux débats soient débarrassés de toute subjectivité, d'à priori et de mauvaise foi, et soient près à remettre en question ce qu'ils ont pu aimer, comme je l'ai fait ici, non pas par snobisme ou prétention, mais par tristesse, car j'aimais vraiment, sincèrement le rap français, même dans ses défauts, mais le point de non-retour est atteint...

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