Certains le savent peut-être, d'autres l'apprendront ici, j'ai fait de la musique une de mes préoccupations principales. Quand je dis musique, précisons tout de même, je parle de Hip Hop. Certains ne souhaitent toujours pas considérer le Hip Hop comme un genre musical à part entière, et d'autres, comme moi, en ont fait un style de vie, ou du moins une passion. Le Hip Hop est une culture, un état d'esprit, ce n'est pas une panoplie qu'on endosse quand on sort, c'est une façon d'être, du matin au soir. Une manière de faire avec les moyens du bord, transformer l'ombre en lumière ou la merde en or. C'est être autodidacte, c'est innover en permanence, se réinventer, c'est aussi une compétition, mais sensée rester positive. Finalement, c'est une philosophie comme une autre, où nous vénérons des Dieux païens dont les noms seraient KRS One, Kool Herc ou encore Marley Marl, la liste est longue.
C'est à tout çà que j'ai decidé d'adhérer, il y a déjà une douzaine d'années, attiré par je ne sais quelle magie... D'abord intéressé par le DJing, je me suis vite rendu compte que j'avais plus envie de créer que de passer les morceaux des autres. Et puis, j'ai toujours aimé écrire, alors pourquoi ne pas le faire dans un genre précis, imposé, comme un exercice de style, presque un carcan. Seize mesures, refrain, seize mesures encore et encore... A moi de trouver le thème ou l'angle que personne n'a abordé, à moi d'apporter nouveauté et fraicheur, dans le fond comme dans la forme. Storytelling, introspection, egotrip, pamphlet engagé, j'ai le choix du genre. Flows divers et variés, rimes bi ou tri-syllabiques, métaphores, allitérations, j'ai le choix des armes. C'est donc plein de passion qu'au fil des années, j'ai tenté, avec plus ou moins de vaillance, de percer, en tout cas de me faire un nom, d'avoir la reconnaissance du sacro-saint milieu. D'abord sur le plan local, puis national, tout du moins dans les sphères concernées, ne recherchant pas plus la gloire ou la célébrité que çà.
J'ai trouvé, il y a quelques années déjà, ce qui serait mon style, mon "trademark". Je suis allé vers le plus proche de ce que je suis, en fait, soyons réaliste, je suis moi-même quand j'écris. D'un naturel introspectif, mais aussi observateur de mes contemporains, je parle de çà, rappe sur çà. Mes thèmes varient, mais restent toujours sur une ligne rouge qui serait simplement l'existence, la vie. Je suis nostalgique, j'écris "Flashback". J'aime l'ambiance nocturne et urbaine, j'ecris "Macadam Trip" ou "Sous Les Etoiles" (avec Fisto). J'accorde beaucoup (trop) d'importance à l'amour, j'écris "Feelings" ou "Sainte Trinité". Et ainsi de suite, et je vais jusqu'à écrire un album intitulé si simplement mais si evidemment "Être". A l'heure d'aujourd'hui, il n'est toujours pas terminé, mais il le sera et sortira, c'est une mission, comme une promesse à tenir. Il y a trop de moi pour laisser le projet mort-né.
Mais voilà, j'en ai marre.
Oh, ne vous méprenez pas, je suis toujours Hip Hop. 4/5 heures d'écoute par jour, des fois plus. J'écris tout le temps (mais pas que des chansons). Je reste un B.Boy, quelquepart fidèle aux anciens preceptes inculqués par les pionniers, ceux qui sont à l'origine de notre culture. La majorité des sorties américaines restent de très bonnes factures, surtout si l'on prend le temps gratter la couche dorée du mainstream et de fouiller dans la scéne grouillante et disparate que propose les USA en la matière. Evidemment je passerais sur les conneries de 50 Cent et de sa G Unit dans son entièreté, et j'écouterais d'une manière amusée ce que nous amène le Sud depuis quelques années, le Dirty South, le Crunk. Mais mes oreilles ont grandi avec Public Enemy, Gangstarr, A Tribe Called Quest, De La Soul ou Pete Rock & C.L. Smooth. Alors j'irais plus facilement vers un Hip Hop plus "mature", dans le fond comme dans la forme, aux ambiances Jazz, Soul ou autre. Common, Kanye West, Mos Def, Talib Kweli, The Roots, et ainsi de suite, j'en parle dans d'autres articles de ce blog.
Non le problème, c'est la scène française. N'y allons pas par quatre chemins, la quasi totalité de la scène rap française actuelle est d'une médiocrité sans nom. Le contenu des textes est ignoble, entre brûlots pseudo-révolutionnaires scandés par des pitres n'ayant ni les outils ni la légitimité pour parler sur ce type de sujets. Je pense à Sniper, Sinik ou encore Tandem. Je pense aux indigences d'une fille comme Diam's, dont la cible paraît dorénavant être uniquement constituée d'ados. Tout à l'heure encore, je voyais à la télé un concert de Sinik où le bonhomme, transparant par ailleurs, ne gratifiait d'une chanson sur les enfants malades. OK! C'est cool, tout çà... Le contenu c'etait du genre "pourquoi je me plains quand mes Air Max sont troués quand toi tu fais de la chimio à 8 ans". Wow!! Que de bons sentiments chez celui qui appelait à l'incinération de commissaire il y a encore peu de temps. Alors oui c'est bien, le mec fait du rap conscient donc, mais bon dieu, la forme etait tellement convenue et geignarde que çà en devenait pathétique, tout simplement. Et je pourrais continuer des heures, mais çà ne servirait pas outre mesure mon propos.
Car oui, musicalement, le rap français est pitoyable. Tout le monde rappe pareil, a les mêmes thèmes, les mêmes pochettes, bref c'est l'uniformisation et le nivellement par le bas. Où sont les autodidactes, les mecs jouant la carte de la différence? Oh, il y en a mais trop peu: Réel Carter, Hocus Pocus, Kohndo, Dany Dan, Triptik, Fisto ou encore Rocé dont je connseillerais à tous, une fois de plus, leurs albums, histoire de casser l'image d'Epinal que vous pourriez avoir du rap français. Ces gens méritent votre attention. En n'oubliant pas tous ceux qui comme moi sont perdus dans les méandres d'un Underground qui semble parfois n'exister que pour justifier l'echec ou le manque de talent. C'est de ces limbes que je vous parle. Des limbes souvent inconnues d'un public souvent plus con que ses idoles, formaté et grégaire encore plus que nul par ailleurs.
Et puis, humainement parlant, ce milieu est tout simplement infect. On y paraît plus que l'on est. On y parade. On n'y réussit totalement qu'à force de copinage, d'hypocrisie et de lèvres gercées. Moi, j'aime pas faire ami ami pour de faux. Moi, j'aime pas sentir une paire de couilles taper sur mon menton. Moi, je ferais disque de coton dans les charts. Et l'on m'oubliera aussi vite que je suis venu, si toutefois je viens.
Ces écrits ne sont pas le faît d'un jaloux, sachez-le. Je n'envie ni leur pseudo-réussite, ni leur public. Des gens apprécient ce que je fais, m'envoyant des messages toujours très encourageants via mon site. Mais j'en ai tout simplement marre. Le rap français est un milieu puant, j'insiste! Ecoutez-les, regardez-les, ils sont devenus les communautaristes fachos et capitalistes dont le Hip Hop est sensé nous éloigner. Les textes ne sont que haine et violence, là où l'on prechait paix, amour et fun. Un ramassis de copycats grouillants et gesticulants, dont les noms passent sans se graver. De ridicules pantins sans âmes...
Ils disent tous que le Hip Hop est mort, mais ils se sont empressés de l'enterrer.
"J'suis ni du peuple ni dans l'elite, juste différent, j'evite
les sirènes du buzz et leurs regards angéliques.
Les carcans je brise, j'suis bien trop grand pour un moule.
"Larger than life", mais m'prends pas pour un cool!
Ma couille, remballe tes embrouilles, ton modèle
moisi qui pousse les gosses à passer à la fouille.
merde, mais ferme ta gueule, si c'est pour faire ta 'caille
prôner une vie où seul l'Enfer t'accueille.
Rip, c'est c'type dans la marge, qu'on prend pour un barge
car je m'loigne du biz et prend le large.
Pardi : trop loin d'Paris, ses clips, ses parties,
des leurres, de leurs putains sans répartie.
Tardif, j'arrive, avec ma rimologie,
loin d'l'ex-taulard, ramenant le crime au logis.
Des conneries sorties, toutes en Dolby Pro Logic,
des tapetes tragiques, sapés "dandy-prolo-chic".
Vite, ... un peu d'air que j'respire!
j'etouffe entre la pute en Vuitton rose et un de ses sbires.
J'laisse dire, mais pas trop d'conneries, pas trop d'cynisme.
J'me tiens entre un pseudo-cainri et un "futur ministre"..."
les sirènes du buzz et leurs regards angéliques.
Les carcans je brise, j'suis bien trop grand pour un moule.
"Larger than life", mais m'prends pas pour un cool!
Ma couille, remballe tes embrouilles, ton modèle
moisi qui pousse les gosses à passer à la fouille.
merde, mais ferme ta gueule, si c'est pour faire ta 'caille
prôner une vie où seul l'Enfer t'accueille.
Rip, c'est c'type dans la marge, qu'on prend pour un barge
car je m'loigne du biz et prend le large.
Pardi : trop loin d'Paris, ses clips, ses parties,
des leurres, de leurs putains sans répartie.
Tardif, j'arrive, avec ma rimologie,
loin d'l'ex-taulard, ramenant le crime au logis.
Des conneries sorties, toutes en Dolby Pro Logic,
des tapetes tragiques, sapés "dandy-prolo-chic".
Vite, ... un peu d'air que j'respire!
j'etouffe entre la pute en Vuitton rose et un de ses sbires.
J'laisse dire, mais pas trop d'conneries, pas trop d'cynisme.
J'me tiens entre un pseudo-cainri et un "futur ministre"..."
Elite by Ripklaw.
P.S.: "Elite", ou en tout cas ce couplet, c'etait un morceau écrit dans le même état d'esprit que ce billet d'humeur. J'ai volontairement utilisé une forme et un champ lexical parfois identiques à ceux de mes cibles. Je ne pense pas sortir le morceau en question, car au final il n'apporte rien, surtout dans le cadre d'un album, mais je voulais le mettre ici, du moins en partie, pour illustrer mes dires de manière plus ludique.
P.S.: "Elite", ou en tout cas ce couplet, c'etait un morceau écrit dans le même état d'esprit que ce billet d'humeur. J'ai volontairement utilisé une forme et un champ lexical parfois identiques à ceux de mes cibles. Je ne pense pas sortir le morceau en question, car au final il n'apporte rien, surtout dans le cadre d'un album, mais je voulais le mettre ici, du moins en partie, pour illustrer mes dires de manière plus ludique.
3 commentaires:
Je ne suis pas fan de hip-hop disont le clairement mais j'avoue que je me base sur ce qu'on voit, la couche de crasse quoi ^^. Lire ton billet m'a donné envie d'écouter un de ces "Dieux" dont tu parles. Je ne me convertirai certainement pas d'un coup mais au moins j'écouterai de la vrai musique (t'as plutot interet à dire vrai ! :D)
En tout cas, je te souhaite bonne chance pour ton album ;)
Merci pour ce petit message, j'espère (entre autres choses) via ce blog, faire découvrir à certains non-initiés un Hip Hop différent de ce que les médias nous montrent. Mes divers chroniques d'albums vont dans ce sens, je t'invite à les parcourir, qui sait, tu pourrais trouver ton bonheur...
P.S.: C'est dommage que tu n'aies pas signé...
Tu arrives au même constat qui fut le mien, il y a quelques années de cela déjà. J'ai (quasi) totalement occulté la scène hip hop francaise. Heureusement que certain artistes US continuent a brandir fièrement le flambeau que leur ont passé les old school godfathers.
Quoi qu'il en soit il me tarde de voir ton travail porter ses fruits. Vivement l'album.
BIG UP !
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